
Les routes de la Thaïlande
CARNET DE ROUTE
On ne peut pas non plus parler de la Thaïlande sans parler de la nourriture : une redécouverte sensorielle ! De nouvelles saveurs mais aussi beaucoup plus d’épices, on doit s’attendre à quelques surprises même en précisant « may pèt » (non épicé). En outre curry vert et curry rouge, diverses brochettes exquises et le roti : petite crêpe très fine et croustillante agrémentée de bananes, sucre et de lait concentré… Une tuerie comme on dit ! Le simple fait de se promener dans les allées d’un marché est un plaisir visuel !

Le bus
Après cette parenthèse appétissante, nous sommes toujours sur la route et prêts à rejoindre la capitale : Bangkok. Oh mon dieu ! Un trafic plus dense, la pollution et des sens uniques à gogo, des « U-Turn » à vous faire tourner la tête ! Nous gardons donc un très mauvais souvenir de notre arrivée dans la capitale Thaïlandaise : manque de panneau, difficulté de prendre les « U-Turn » à vélo, nous ne sommes pas à notre place et on nous le fait sentir en frôlant à chaque fois de quelques centimètres notre tandem. Nous finirons par capituler à quelques kilomètres de notre hôtel ! Le trafic, la chaleur, le soleil, la pollution, le manque d’indication nous auront découragés.
Guillaume réussit à négocier avec l’aide d’un chauffeur de taxi, comme traducteur, qu’un chauffeur d’un bus « traditionnel » prennent le tandem et la remorque pour un prix raisonnable. Nous faisons donc les 7 derniers kilomètres dans un bus spécialement affrété pour nous et Gilou, mais nous sommes tellement fatigués que nous ne prêtons guère attention à ce nouveau paysage.
Accueillis au Sofitel Centara Grand Bangkok par tout le staff et le directeur Mr Korf, nous avons à peine le temps de nous arrêter, et après une courte douche, nous voilà déjà en route pour le Sud de Bangkok, en taxi bien sûr !
Notre après-midi est consacré à la visite tant attendue de Budsaba, la petite fille que nous parrainons via l’association « Enfants du Mékong ». Vous découvrirez un peu plus loin un large récit de notre visite qui restera l’une des plus bouleversantes rencontres de notre aventure.
Après une bonne nuit de sommeil, alors que nous devrions reprendre la route, Guillaume se sent de plus en plus mal. Pour ne pas prendre de risque inutile et éviter des complications, nous prenons le chemin de l’hôpital international de Bangkok pour pouvoir consulter un médecin. Rien à voir avec les hôpitaux français et européens en général ! On se croit en arrivant dans un hôtel 5 étoiles, les patients étant clairement considérés comme des clients. Le diagnostic n’est pas très grave : une grosse fièvre et une infection à la gorge qui l’empêche quasiment de boire et manger. Rien de bien nouveau mais des consignes claires : 2 à 3 jours de repos loin de la pollution (donc pas de sortie autorisée) et quelques pilules à prendre pour faire passer la douleur. Coralie se décidera à aller explorer cette gigantesque capitale : tuk-tuk, pagode, buildings, skytrain, trafic, tout est gigantesque dans cette ville, on a plus souvent les yeux au ciel que devant soit ! Trêves de rêverie ! Cette escale de quelques jours accumulés au retard pris au Cambodge et au Vietnam nous oblige à prendre le train depuis Bangkok au lieu de Hua Hin pour rejoindre Kuala Lumpur en Malaisie.
Après bientôt, 1 mois et demi de voyage, la fatigue commence à s’accumuler et nous aurions bien besoin d’une bonne pause pour repartir en pleine forme. Les trains en Thaïlande sont plus confortables et plus grands qu’au Vietnam : de 8 en compartiments fermés, on passe à 2 personnes en compartiments ouverts !
A 8 heures, le lendemain matin le train s’arrête à Padang Besar, frontière entre la Malaisie et la Thaïlande.
Notre visite à notre filleule Busbada parrainée avec « Enfants du Mékong »

Notre filleule thaïlandaise
A peine arrivés dans notre hôtel que nous étions déjà sur la route pour rendre visite à Busbada. Après un briefing sur le fonctionnement du centre, nous partons directement à l’école de Budsaba, pour la rencontrer elle et sa grand-mère qui l’élève. Nous découvrons une petite fille pleine de vie et vraiment très heureuse de nous voir. Elle a 10 ans, mais elle en parait 7 au maximum tant elle est menue. C’est avec une grande joie et un grand sourire qu’elle reçoit une petite parure de bijoux en perles, achetée pour elle à Phnom Penh dans le centre « Enfants d’Asie ». Abandonnée par ses parents, Busbada est élevée avec ses 3 grands frères par ses grands parents. Nous en profitons pour en apprendre un peu plus sur elle, son désir de devenir policier pour aider les gens et que la matière qu’elle préfère à l’école est … le sport ! Elle nous fera une petite démonstration de boxe thaïe qu’elle apprend depuis quelques mois dans un temple.
Avant de la rencontrer, nous avons demandé à l’association ce que nous pouvions offrir à Busbada et on nous avait répondu que le mieux pour elle et sa famille était de faire quelques courses alimentaires, mais nous avions envie de lui faire un cadeau, rien que pour elle. Après lui avoir expliqué que nous voyageons en tandem à travers l’Asie, nous lui demandons si elle fait du vélo. On nous répondra qu’elle a demandé plusieurs fois à sa grand-mère pour avoir un vélo mais qu’ils n’ont pas l’argent pour lui en acheter un. Quel plus beau cadeau offrir à cette petite passionnée de sport, pour deux parrains traversant l’Asie du Sud en tandem, que de lui offrir ce dont elle rêve depuis des années : un vélo.

C’est, main dans la main, et très fière de la visite de ses parrains que nous sortons avec elle de l’école. Ce moment nous aura particulièrement marqué. Nous partons pour le centre commercial pour acheter ce dont la famille a le plus besoin. Nous suivons la petite dans l’hypermarché, et c’est elle qui nous dit ce qu’il faut acheter ! Pas de courses inutiles, pas de folles quantités, juste l’essentiel. C’est même nous qui, plusieurs fois, lui proposons de prendre quelques gâteaux, bonbons et boissons pour elle et ses frères. Il serait intéressant de voir le caddie d’un petit français de 10 ans à qui on demanderait de faire les courses.
Et vint ensuite le moment tant attendu, le choix de vélo. C’est les yeux pétillants que la petite fille regarde les vélos. Une nouvelle fois, la petite évitera les plus chères (60€ à 80€) et se dirigera vers le fond du rayon. Budsaba est tellement contente que dès son choix opéré, elle ne lâche plus le vélo et parcourt les allées du magasin sur sa nouvelle acquisition !

Le bidonville
Après cet épisode, nous rejoignons la communauté de Budsaba, et là c’est le choc ! Et quel choc ! Nous en savions un peu sur sa vie mais en découvrant la réalité, nous ne savions pas grand-chose au final… c’est bel et bien dans un bidonville que nous entrons, alignés sous le pont de l’autoroute, sur le bord d’une voie de chemin de fer, plus de 300 familles vivant dans ce qu’ils appellent une « maison » mais qui la plupart du temps consiste en une sorte de cabane faite de 4 murs en bois ou en tôle sans toit avec une seule « pièce » où les enfants et leurs grands-parents dorment et entreposent le peu d’affaires dont ils disposent. Pas de porte, de clés, pas de toilettes, ni de salle de bain. En demandant où ils se lavent, le grand-père nous montre une bassine où l’eau de pluie coule depuis le pont d’autoroute. Nous n’avons pas de mots pour expliquer ce que nous ressentons… La cuisine ? Une plaque de cuisson « archaïque » et une marmite posée devant la cabane. A 2 mètres à coté, les rails du chemin de fer, où le train passe plusieurs fois par jour. Le plus fou dans tout ça, c’est que les gens nous disent avec le sourire qu’ils ont le toit le plus riche du monde : l’autoroute de Bangkok ! Une claque !
Après quelques échanges et photos, nous repartons émus dans notre minibus, laissant cette famille et toutes les autres à leurs conditions de vie quotidiennes difficiles, pour retrouver notre hôtel, magnifique, démesuré, nous rendant compte de notre chance, mais en même temps dégoutés de tant d’injustices. Il est difficile de dire ce que l’on ressent après cette visite mais nous avons honte ! Cette rencontre nous a bouleversés, même si nous avons pu aider, à petite échelle, une famille, et réaliser le rêve d’une enfant en lui offrant son propre vélo, et si nous lui permettons via le parrainage de continuer à aller à l’école, d’avoir du matériel scolaire et de l’aide pour les besoins primaires de sa famille. « A little change can change a lot ! »



