Le temps des Tziganes – Escapades

Les trois photographies, les unes à côté des autres, de l’ancien, du détruit et du nouveau pont de Mostar, sont sans doute, le paysage le plus connu de l’ex-Yougoslavie. C’est pour cette raison que je me suis échappé ici, à Mostar. Dans le bus entre Sarajevo et Mostar, j’ai fini le livre d’Ivo Andric, « The Bridge on the Drina », prix Nobel de littérature en 1961. Jagoda, ma grande copine, qui travaille avec moi au Centre culturel, me l’avait conseillé : « No better introduction to the study of Balkan and Ottoman history exists ! It’s one of the most perceptive, resonant works of fiction written in the twentieth century, you’ll see !” Merci Jagoda, car ce livre est un chef-d’oeuvre, j’ai adoré !! C’est l’histoire d’un autre pont… décidément !
L’idée du lien entre deux rives est devenue un symbole, un lien entre différentes religions (orthodoxe, musulmane et catholique), entre l’Orient et l’Occident. Celui de Mostar était l’ouvrage artistique bosniaque le plus fameux. Les gens pleurent sa destruction. Il avait été construit sur les ordres de Soliman 1er le Magnifique. Sa destruction a commencé par les bombardements des forces serbes, et elle a été achevée par l’artillerie des Croates d’Herzégovine. Cette destruction en novembre 1993 est le symbole de la volonté de mettre fin à la multiethnicité de la Bosnie. L’intellectuel serbe Stanko Cerovic parle même du suicide d’un peuple…
Le pont a été reconstruit et inauguré en juillet 2004 par l’Unesco. Mais ceci n’effacera jamais l’amère vérité…

Ma Gypsy

« Izgublen sam, mozete li mi pokazati na karti ? Govorite li engleski ? » (Je suis perdu, pouvez-vous me montrer sur la carte où nous sommes ? Parlez-vous l’anglais ?). Comme tout est écrit en alphabet cyrillique, les panneaux, le nom des rues, etc., c’est vrai que je suis toujours paumé ! Alors j’ai vite appris quelques mots en serbe… Mais cette fois-ci, la fille à qui je demande avec mes trois mots de serbe si je suis dans le bon bus, me répond en anglais : « Je suis tzigane, je parle uniquement notre dialecte, je ne comprends et ne parle pas le serbe, mais je parle bien l’anglais, même si je ne sais pas lire et écrire. »

Woaw, je suis sous le charme, je n’ai jamais entendu une voix aussi douce et aussi calme… Nous sommes restés ensemble jusqu’au dernier jour de mon stage. C’était plutôt rigolo de vivre un tel contraste, pendant ces trois mois, entre la vie mondaine et luxueuse que je menais dans le milieu diplomatique, et la vie de bohème que je partageais, le reste du temps, avec elle… Avant de partir, à l’aéroport, elle m’a dit : « Mon monde est celui où on aime VRAIMENT, la vie et les gens, un monde sans artifice, où les sentiments sont purs, où les petites choses font le bonheur de tous les jours. Ton monde est superficiel, froid et conventionnel, l’argent fait que les gens commencent à s’ennuyer des choses simples, car tout est devenu ordinaire… Un monde où on a oublié que le sourire d’un enfant à qui on ramène son ballon peut embellir sa journée…Je n’envie en rien ton monde ! ».

Julien Nompeix